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  • Argentine, nouvelle frontière des gaz de schiste

    Publié le 18 avril 2013  





    Observatorio Petrolero Sur, organisation du réseau OilWatch, travaille depuis cinq ans sur les problèmes environnementaux, sociaux et économiques générés par l’exploitation d’hydrocarbures en Argentine. Diego di Risio, membre de l’Observatorio, répond à nos questions au sujet de l’exploitation des gaz et huile « de schiste ».

    Où en est l’exploitation de gaz et huile de schiste en Argentine ?



    L’histoire des hydrocarbures non conventionnels en Argentine commence en 2009 - 2010. Dans un contexte de baisse importante des niveaux de production, ce sont les différents gouvernements provinciaux - qui exercent le contrôle sur les ressources naturelles (et décident de leur exploitation, ndlr), mais aussi l’Etat national, qui ont fait leur promotion. La province de Neuquén, dans le nord de la Patagonie, est devenue le fer de lance de l’avancée de l’exploitation des hydrocarbures de schiste, et on y exploite déjà des formations de tight gaz . La province compte déjà 200 puits forés. Au-delà de cette formation, connue comme “Vaca Muerta”, les gisements s’étendent sur une bonne partie du pays, y compris dans des bassins qui n’ont pas encore été explorés et qui n’ont pas d’histoire pétrolière. YPF et d’autres entreprises ont aussi l’intention d’explorer dans le nord-est, à la frontière avec Uruguay et le Brésil. Dans cette zone se trouve l’aquifère Guarani, l’un des plus grands aquifères d’eau douce au monde. Selon l’agence américaine EIA (Energy information administration), l’Argentine recèlerait la troisième réserve mondiale de gaz de schiste. 

    Quels sont les principaux acteurs ? Quelle est la position d’ YPF après sa nationalisation ? 


    Le principal acteur, c’est YPF (Yacimientos Petrolíferos Fiscales, entreprise nationalisée au printemps 2012 à hauteur de 51% des actions, ndlr). Elle a été et continue à être l’articulateur de l’ensemble du secteur. Mais si au moment de la nationalisation elle contrôlait une bonne partie de l’industrie, aussi bien au niveau de l’extraction que de la transformation et de la distribution, aujourd’hui elle ne pèse qu’autour de 30%, en comptant le gaz, le pétrole et le raffinage. Alors, manquant de capitaux, YPF s’est lancée dans des associations avec diverses entreprises : Chevron, Total, Exxon et d’autres compagnies de plus petite taille, comme Apache, la première à avoir extrait des hydrocarbures de schiste, […] la chinoise CNOCC, etc. 

    Ce qui est prévu pour le pétrole et le gaz de schiste, pour le « tight gaz » et aussi pour le gaz de houille , c’est l’exportation de l’énergie. […] Le prix du gaz à l’intérieur du pays a presque triplé, le prix du carburant a augmenté de 30%, alors qu’une partie des rétentions et barrières à l’exportation ont été levées, ce qui fait voir aussi comment, après la nationalisation, après un discours patriotique, le pouvoir donne tous les signaux en faveur du secteur pétrolier, et que tous ces signaux pointent en direction de l’exportation.

    L’exploitation d’hydrocarbures a déjà causé des problèmes en Argentine ? Quels sont vos craintes vis-à-vis de l’exploitation des « non conventionnels »? 


    L’Argentine a derrière elle plus de 100 ans d’exploitation pétrolière et gazière « conventionnelle » et il existe d’importants passifs environnementaux. Par exemple, dans ce qui est devenu le cœur de la formation non conventionnelle de « Vaca Muerta », à la fin des années 1990, l’eau des nappes phréatiques utilisées par les communautés mapuche Painemyl et Kaxipayiñ était devenue inflammable, cette même eau que buvaient les personnes et les animaux. Les communautés ont protesté, il y a eu des coupures de route, pression sur le gouvernement. Ils ont obtenu un bilan qui faisait constat de nombreux problèmes sanitaires : forts taux de cancers et de malformations, d’anencéphalie, […] de fausses couches, de maladies diverses chez un grand nombre d’animaux. […] Les communautés rurales, avec leur production de subsistance, voient leur économie affectée, leurs modes de vie menacés, comme le fait même de se maintenir sur le territoire. 

    Lors de la nationalisation d’YPF, le gouvernement de Santa Cruz (autre province patagonienne, au sud de Neuquén) parlait des centaines de millions de dollars de passif environnemental correspondant aux dégâts occasionnés par l’activité de Repsol (exproprié lors de la nationalisation d’YPF, ndlr). Ce sujet, visiblement, est passé au second plan une fois la nationalisation réalisée, et on pourrait croire qu’il n’y a jamais eu aucun problème. Mais nous savons, grâce au travail de nombreuses organisations, qu’un grand nombre de conséquences néfastes pour l’environnement sont intrinsèques à l’industrie pétrolière, y compris dans sa forme conventionnelle : au niveau international, il n’y a que trop d’exemples de désastres environnementaux, sociaux, sanitaires et culturels. Avec le « non conventionnel », on s’attend à un scénario bien plus grave encore. […] Eau polluée, terre polluée, air pollué, la santé des personnes gravement affectée, - avec les hydrocarbures non conventionnels, le risque est de voir une intensification des impacts sur les territoires déjà touchés et une expansion de ces impacts vers de nouveaux territoires, comme par exemple sur l’aquifère Guarani. 

    Comment s’organise la résistance à cette nouvelle offensive extractiviste ? 


    Des réseaux de résistance se déploient dans le pays. Ces résistances sont particulièrement fortes dans les zones où pour l’instant il n’y a pas encore d’exploitation et où il n’y a pas d’industrie pétrolière forte, comme c’est le cas d’Entre Rios où s’est structuré le « mouvement Entre Rios contre le fracking », dans lequel confluent assemblées citoyennes, syndicats, partis politiques, une diversité d’acteurs, ce qui permet de garder l’espoir que cette province ne laisse pas s’installer les pétroliers.

    […] Le premier puits [horizontal] à multiples fracturations hydrauliques d’Amérique latine a été foré dans la communauté Mapuche Gelay Ko (Neuquén), très proche de l’aquifère de Zapala, qui pourvoie en eau toute la population voisine. Là aussi il y a une confluence de différents acteurs dans l’Assemblée Permanente du Comahue pour l’Eau. […] Petit à petit, mais à pas ferme, ces différents groupes s’organisent. Dans la localité de Cinco Saltos (province de Rio Negro), la municipalité a interdit le recours à la fracturation hydraulique. C’est un antécédent très important et une conquête de la mobilisation populaire.

    Différentes stratégies sont utilisées dans les résistances, par exemple, dans la communauté de Gelay Ko, les Mapuche ont coupé plusieurs fois la route et ils avaient coupé aussi l’accès aux plateformes. Cela est arrivé aussi dans d’autres communautés, qui trouvent des appuis dans différents secteurs de la société. Il y a eu des mobilisations dans la ville de Neuquén, des activités de conscientisation, des projections de Gasland […], la distribution du matériel d’information, etc. Ce que nous cherchons, nous tous, c’est à générer une conscience d’une part de la situation dans laquelle nous nous trouvons déjà (exploitation des hydrocarbures « conventionnels » et ses problèmes) et aussi de celle qui vient (la perspective d’exploitation des gaz et pétrole de schiste que l’on veut nous imposer). Des stratégies légales aussi sont utilisées, par exemple dans la province de Chubut, […] où un recours en protection (recurso de amparo) pour la violation des droits des peuples indigènes a été présenté. 

    En guise de riposte, il est commun que le gouvernement et les entreprises utilisent la « force de choc », soit en employant des personnes chargées de réprimer de façon illégale, soit en ayant recours aux forces de police, comme dans le cas de GelayKo, où la police s’est attaquée à des femmes avec enfants, à des personnes âgées. Ils cherchent à effrayer les gens, à démobiliser. Et cela se passe dans un contexte où il y a à chaque fois plus de morts à cause de l’avancée des frontières extractives, et […] où aujourd’hui le pétrole et le gaz non conventionnels participent aussi à l’aggravation d’un problème encore plus vaste, l’accaparement des terres dont les communautés indigènes et paysannes sont les premières victimes. 

    Quel message aurais-tu à adresser aux Français ? 


    Pour nous, c’est très important de connaître l’expérience du mouvement anti gaz et pétrole de schiste français, […] pour apprendre collectivement dans ce processus de résistance, et en même temps il nous paraît très important de garder un œil sur Total, car Total joue un rôle de premier plan en Argentine. Aujourd’hui, Total est le premier producteur de gaz – conventionnel - du pays, mais il a aussi […] augmenté considérablement sa participation en achetant des permis de recherche de gaz de schiste de la formation de Vaca Muerta, et il a même reçu l’autorisation de faire des forages avec fracturation hydraulique dans une réserve provinciale, une zone protégée. […] Alors, nous faisons appel à votre solidarité sur ce sujet : garder un œil sur Total et mettre la pression aussi bien sur le gouvernement français que sur l’entreprise elle-même.

    © Propos recueillis par le collectif ALDEAH. Transcription et traduction par Simone Garra et Anna Bednik (ALDEAH et FAL)

    Pour aller plus loin :  OpSur : http://www.opsur.org.ar/blog/

    Publication téléchargeable sur le site : Fractura expuesta, Yacimientos no convecionales en Argentina, marzo 2012


    Les hydrocarbures de roche-mère (dits « de schiste ») sont le gaz et l’huile (pétrole) restés emprisonnés dans les micropores (de quelques dizaines de nanomètres) de la « roche-mère » dans laquelle ils se sont formés, située à plus de 2000 mètres de profondeur. Ils ne peuvent en être extraits que par une fracturation. La fracturation hydraulique, seule technique aujourd’hui employée à grande échelle, présente de nombreux risques pour l’environnement et la santé : utilisation de grands volumes d’eau et de produits chimiques (dont certains toxiques et cancérigènes), risques de pollutions des nappes phréatiques, fuites des puits ou remontées par des failles naturelles rouvertes, problèmes posés par le retraitement des fluides pour éliminer les substances nocives qu’ils ont drainées en profondeur (radioéléments, métaux lourds, sulfure d’hydrogène), risques de séismes induits ; pollutions de l’air par des fuites du méthane qui font des gaz de schiste une énergie plus émettrice des gaz à effet de serre que le charbon, circulation incessante de camions, etc. Des alternatives à la fracturation hydraulique sont à l’étude (dont la fracturation au propane), mais certaines conséquences sont inévitables et ne dépendent pas de la technologie utilisée : la multiplication de drains et de plateformes du fait de la baisse rapide de production (de 40 à 90% dès la première année), par conséquent, le bouleversement des activités économiques locales, notamment de l’agriculture, et, de façon plus générale les modifications physiques du milieu, dont les véritables conséquences à moyen et long terme ne peuvent pas être déjà connues et mesurées car, y compris aux Etats-Unis, l’exploitation est trop récente pour fournir les données nécessaires à une étude d’impact globale.

    Etats-Unis et France, une mise à jour 


    Les hydrocarbures « de schiste » sont présentés comme un nouvel eldorado. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que grâce à leur exploitation les Etats-Unis raviront à l’Arabie saoudite la place de premier producteur mondial de pétrole en 2017 et accéderont à une «quasi autosuffisance» en matière énergétique. Toujours selon l’AIE, la hausse de la production d’hydrocarbures d’ici 2035 proviendrait entièrement des ressources « non conventionnelles» (dont le gaz et l’huile de schiste), alors que la production conventionnelle amorcerait son déclin à partir de 2013.

    Ces ressources nous permettraient donc, à en croire les « optimistes » en matière du pic pétrolier, de faire durer quelques années de plus le système économique basé sur le tout-pétrole(les estimations les plus enthousiastes et largement surévaluées parlent de 100 ans). Ils pourraient aussi, du jour au lendemain, transformer le destin d’un pays qui se croyait dépourvu d’hydrocarbures. Tel aurait pu être le sort de la France, qui, alors qu’elle ne produit qu’entre 1 et 2 % de pétrole et moins de 2% de gaz qu’elle consomme, disposerait, selon les estimations, de deuxièmes, voire de premières réserves européennes de gaz de schiste et de réserves importantes d’huile (essentiellement concentrées dans le bassin parisien). Mais pour « en profiter », il faudrait fermer les yeux sur les risques que cette exploitation représente pour l’environnement et pour les territoires et accepter de jouer aux apprentis sorciers, chose que refusent les collectifs citoyens anti gaz et huile de schiste.

    Ce mouvement, qui depuis 2011 s’est propagé comme une trainée de poudre, a pris nos dirigeants par surprise et, dans un contexte électoral, les a poussés à reculer en adoptant une loi qui interdit la fracturation hydraulique. Aujourd’hui, l’offensive des industriels reprend. 58 permis de recherche sont toujours en validité, plus d’une centaine de demandes sont en cours d’instruction. Dans le bassin parisien (Seine-et-Marne et Marne), les pétroliers sont en train de forer sur des sites clairement identifiés comme portant sur du pétrole « non conventionnel ».

    Pourquoi le font-ils alors qu’une loi les empêche en théorie d’aller jusqu’au bout ? Spéculation? Rapport de forces pour lever l’interdiction? Préparation de puits pour des « expérimentations à des fins de recherche scientifique», qu’il s’agisse d’une fracturation hydraulique miraculeusement devenue « sans danger » et autorisée de nouveau ou d’une « technique alternative », comme pourrait l’être la fracturation au propane? Probablement, tout cela à la fois. Pourtant, de nouveaux signaux inquiétants arrivant d’outre-Atlantique devraient mettre nos décideurs sur leurs gardes : l’exploitation du nouvel eldorado serait exagérément coûteuse, du fait de la très courte durée d’exploitation de chaque puits et du besoin d’investissements toujours plus conséquents pour multiplier les drains et les forages. Aux Etats-Unis, elle s’avèrerait non rentable, suite à la baisse du prix du gaz qu’elle a elle-même provoquée. Les pionniers de la « révolution des gaz de schiste » - Chesapeake, Exxon, BHP Billiton, BP - affichent des résultats en forte baisse et des taux d’endettement exorbitants. La bulle de gaz de schiste serait, selon de nombreux analystes, sur le point de dégonfler ou d’éclater, risquant d’entrainer l’économie (états-unienne ? mondiale ?) dans une nouvelle crise d’approvisionnement et d’envolée des prix.

    L’eldorado promis n’en serait pas un et, selon de nombreuses autres études, les ressources récupérables à un coût jugé supportable ont été largement surévaluées. La France a-t-elle besoin qu’une nouvelle crise éclate pour prendre une décision ferme et irrévocable d’interdire une fois pour toutes l’exploitation de ces hydrocarbures, en s’engageant résolument sur la voie d’une véritable transition énergétique ? N’a-t-elle pas peur qu’il sera alors trop tard ? Les collectifs citoyens exigent l’arrêt immédiat des travaux en cours.

    Plus d'information : collectif-citoyen-idf-non-aux-gpds@lists.riseup.net


     
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