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  • Gaz de schiste : Total a compris comment acheter les oui des Anglais

    Publié le 14 Janvier 2014  




    David Cameron le 13 janvier 2014 sur le site de iGas à côté de Gainsborough
    (LINDSEY PARNABY/POOL/AFP)


    Total confirme son investissement britannique. L’entreprise pétrolière française annonce qu’elle sera la première grande compagnie à chercher du gaz de schiste en Grande-Bretagne. 

    La société possède maintenant une part de « 40% dans deux permis » d’exploitation et de production dans le bassin du Gainsborough Trough, dans l’Est de l’Angleterre. Et les affaires devraient être bonnes. 

    En plus du monopole, la multinationale a le soutien du gouvernement de David Cameron. Total laissera néanmoins le travail de la phase d’exploration à l’entreprise britannique Igas Energy

    Fiscalité avantageuse pour les communes 


    Le Royaume-Uni dit vouloir « tout mettre en œuvre » pour l’exploration du nouvel or noir. Afin de motiver les régions encore hésitantes, le Premier ministre promet une fiscalité avantageuse pour les communes qui accepteront le projet. Les amoureux de l’environnement crient à la corruption face à ce qui peut être qualifié de pot-de-vin public. 

    Les communes qui jouent le jeu de l’exploration du gaz de schiste percevront la totalité de la taxe professionnelle collectée, au lieu des classiques 50%. Cela représente près de deux millions d’euros en plus par an pour chaque site participatif, auxquels viennent s’ajouter 120 000 euros, gracieusement offerts à l’occasion de l’ouverture d’un site. 

    L’industrie pétrolière n’est pas avare non plus, elle a promis de leur reverser 1% des profits dégagés par la découverte du précieux gaz. 

    La politique du Premier ministre en la matière n’est pas nouvelle. En août 2013, il annonçait [abonnés] la mise en place d’un régime fiscal extrêmement avantageux pour encourager l’exploration pétrolière et gazière. Il prévoyait de réduire à 30% le taux d’imposition, anciennement à 62%. 

    Une offre qui ne se refuse pas 


    Incitatif, ce petit encouragement financier peut faire grincer des dents. Difficile de résister à une augmentation de 50% de ses fonds annuels. David Cameron promet aussi « plus d’emplois et d’opportunités et de sécurité économique » pour son pays. Qu’espérer de mieux pour faire taire les écologistes se félicitant en août dernier de leur première « victoire contre le gaz de schiste » ? 

    Pendant ce temps en Pologne, premier pays européen à avoir entrepris des recherche de gaz de schiste, les politiques assurent que cette nouvelle richesse leur permettra de s’affranchir de Moscou en réduisant sa dépendance envers le gaz russe. 

    Mais les derniers résultats des tests forages ne sont pas satisfaisants et l’enthousiasme du ministre de l’Environnement polonais Piotr Wozniak, n’est plus vraiment d’actualité. 

    « La première exploitation commerciale commencera en Pologne l’an prochain », déclarait le ministre en 2013. 

    En Amérique, le gaz de schiste est généreux 


    Aux Etats-Unis, Shell a fait plier les militants anti-gaz de schiste les plus convaincus. La promesse de bénéfices séduit les propriétaires des terrains locaux. Ils seraient 80% à accepter tout de suite les 10% de retombées économiques prévus. 

    Pour séduire les habitants du bassin de Marcellus, située en Pennsylvanie, Shell a employé les grands moyens. A son arrivée, la société pétrolière a offert 50 000 dollars à une association culturelle, avant de faire don d’un hôpital à la ville. 

    François Damerval, blogueur pour Rue89 et assistant parlementaire de Corinne Lepage raconte dans son reportage, le pouvoir qu’a Shell dans la région : 

    « Chacun des puits de Marcellus représente un investissement estimé entre quatre et cinq millions de dollars et le nombre de puits de forage de schiste s’est multiplié. » 

    Les locaux n’ont pas encore de quoi se plaindre, leur représentant affirme que depuis l’arrivée de la multinationale pétrolière, le chômage et la pauvreté ont disparu de la ville. Les chiffres brandis par les pro-gaz de schiste sont en effet réjouissants : il y aurait eu « entre un et cinq millions d’emplois crées ». 

    Mais pour François Damerval il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer : 

    « Avec 400 milliards d’investissements sur cinq ans, c’est un minimum ! » 

    Les lobbys canadiens instauraient en 2011 un forum permettant aux internautes locaux de se renseigner et de se familiariser avec la technique tant critiquée de la fracturation hydraulique. Pour ce faire, l’Association canadienne des producteurs pétroliers a accordé son soutien financier à une agence de relations publiques canadienne, Parta Dialogue. 

    Les sociétés pétrolières canadiennes jouent plus dans le social que dans le financier. L’entreprise Talisman Energy publiait même en 2011 un livre de coloriage pour enfants illustrant la technique de la fracture hydraulique. 

    « Le profit de Total va profiter à la France » 


    En France la pratique de la fracturation hydraulique, aujourd’hui seule technique connue permettant d’extraire du gaz de schiste, est interdite. Depuis le texte voté en 2011 sous le gouvernement Fillon, il est indirectement prohibé d’explorer ou d’exploiter ce gaz. Le 10 octobre 2013, le Conseil constitutionnel validait la loi

    Ce qui n’empêche pas une des plus grosse entreprise française d’exporter la pratique outre-Manche. Pour Yves Leers, journaliste spécialiste de l’environnement, c’est d’abord ça qui pose un problème d’éthique et de cohérence : 

    « Indirectement le profit, le rayonnement international et le développement d’une entreprise comme Total va profiter à la France. Payer les communes pour qu’elles embrassent un projet néfaste pour l’environnement, comme propose de le faire David Cameron, est tout aussi problématique. » 

    La Grande-Bretagne va venir s’ajouter à une très courte liste. Aujourd’hui, seuls les Etats-Unis et le Canada pratiquent la fracturation hydraulique. Pour rappel, la technique consiste à injecter un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques à haute pression pour créer des fissures souterraines et ainsi extraire les hydrocarbures de schiste.


    © Rue89 - Barbara Krief


     
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