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  • "La Passion du Schiste"
    un livre didactique sur le choix des Argentins

    Publié le 01 Octobre 2016  


    Lien vers l'article original : ici


    Les forages pour le gaz de schiste projetés en France voisine inquiètent les Suisses.
    L'Argentine a industrialisé l’exploitation de ces ressources. Un livre publié par la Fondation Cetim à Genève le raconte. KEYSTONE


    Environnement - L'Argentine progressiste et nationaliste, qui a remplacé celle des néo-libéraux entourant Carlos Menem, a décidé par l'intermédiaire de la présidente Cristina Fernandez d'extraire des gaz de schiste. Interview avec deux des auteurs de l'ouvrage édité par la Fondation Cetim (Centre Europe-Tiers-Monde à Genève ) "La Passion du Schiste" sur ce choix controversé et plus globalement sur la position de la France sur ce dossier énergétique explosif.

    Après 10 ans de politiques néo-libérales, sous la présidence de Carlos Menem, débouchant sur la crise économique de 2001, l’Argentine vit un cycle de gouvernements progressistes et nationalistes de 2003 à 2015. La présidente Cristina Fernandez avait décidé en 2012 de renationaliser l'entreprise pétrolière YPF pour extraire des gaz de schistes.

    YPF avait été privatisé durant les années 90, avec comme objectif le développement des hydrocarbures non conventionnels. Le 5 mai 2012, Miguel Galuccio, un ancien dirigeant de l’entreprise franco-américaine Schlumberger, spécialisée dans ce type d’extraction, est nommé à la tête d’YPF. Pour le gouvernement de Cristina Fernandez, l’exploitation des HNC du gisement de Vaca Muerta, situé au nord de la Patagonie, est le moyen qui permettra au pays de recouvrer à court terme son approvisionnement énergétique.

    Le gisement de Vaca Muerta contiendrait, selon l’Agence d’Information à l’Énergie des Etats-Unis, les 4e plus grandes Ressources d’Hydrocarbures Non Conventionnels (HNC) de la planète. Le premier contrat pour l’exploiter est signé en 2013 entre YPF et l’étatsunienne Chevron dans un contexte politique et juridique tendu puisque les avoirs de Chevron en Argentine sont dans le viseur des tribunaux argentins et équatoriens pour les pollutions provoquées par Texaco dans la forêt amazonienne.

    La Fondation Cetim (Centre Europe-Tiers-Monde) à Genève édite "La Passion du Schiste" sur cette thématique de l'extraction d'hydrocarbures non conventionnels. Interview avec Vincent Espagne et Grégory Lassalle.

    Le Cetim édite le livre « La passion du schiste », qu’est-ce qui explique que l’exploitation de ce gaz et pétrole enthousiasme autant certains exploitants énergétiques et certains pays, y a-t-il une « religion » de l’exploitation des gaz et pétrole de schiste ?

    Grégory Lassalle : Le titre « La passion du schiste » est un clin d’œil à la propagande pro-fracking du gouvernement argentin. Une propagande qui faisait par exemple le parallèle, dans des spots publicitaires, entre la conquête des hydrocarbures non conventionnels de la Patagonie et la conquête du titre mondial de football par l’équipe de Lionel Messi; ou qui faisait encore poser le pape Francisco avec dans ses mains une roche du gisement de Vaca Muerta, le gisement qui «allait sauver la nation argentine».

    Dans un contexte international de préoccupation pour le réchauffement climatique, cette campagne de communication était nécessaire afin de promouvoir une activité et une technique critiquées ou encore interdites ou sous moratoire dans d’autres pays. Nécessaire aussi afin de justifier l’alliance du gouvernement argentin avec des multinationales pétrolières qui étaient paradoxalement honnies dans ses discours, mais qui détenaient les capitaux financiers et les techniques indispensables au développement du gisement de Vaca Muerta.

    Cette campagne avait un double message, le fracking est «national et populaire» et en plus il est «sûr», et a abouti à la construction d’un consensus autour du fracking en mettant fin à la discussion autour de la mise en place de matrices énergétiques moins polluantes. La fracturation de la roche, ou «stimulation» telle que présentée par les industriels, si elle est réalisée par YPF en alliance avec les multinationales, était ainsi présentée comme «sûre, bénéfique et nécessaire».

    La rencontre des auteurs du livre «La passion du schiste» avec les députés français intervient dans un contexte écologique déjà tendu ?

    Vincent Espagne : Oui, la gauche libérale au pouvoir en France est pétrie de contradiction sur des enjeux fondamentaux: approvisionnement énergétique, action pour le climat. La première tension, ici, est celle de la filière nucléaire. Dans ce domaine, AREVA, entreprise d’Etat, fait preuve d’incurie totale. La loi, adoptée sous la droite, qui interdit la fracturation hydraulique, mais pas l’exploration de gisements d’hydrocarbures non-conventionnels, a produit l’effet recherché : calmer l’opinion publique et s’en remettre au savoir-faire des industriels pour qu’ils trouvent une technique «alternative».

    La France se dédouane-t-elle en interdisant chez elle ces pratiques mais en utilisant le fruit du fracking ailleurs ?

    Vincent Espagne : La position du chef de l’Etat et du gouvernement est parfaitement hypocrite. Elle consiste à ériger le NIMBY (not in my back yard – pas dans mon jardin), tout en soutenant les entreprises françaises : TOTAL et ENGIE (anciennement GDF-SUEZ).

    Pensez-vous que la prise de conscience du danger d’extraire ce gaz et entraîner une fragilisation de nos sols est réelle ou encore très secondaire et pouvez-vous me dire ce qui vous a amené à faire une enquête sur le fracking en Argentine ?

    Grégory Lassalle : L’Argentine est le second pays, après les Etats-Unis, à miser de manière industrielle sur l’exploitation du gaz et pétrole de schiste. Observer ce développement nous donne des éléments pour comprendre comment cette activité nouvelle transforme les territoires, les modèles économiques et comment elle influe sur la vie des gens et sur les fonctionnements démocratiques. Pour arriver à cerner ces différents aspects et les décrire, nous avons réalisé un travail de terrain de près d’un an avec le Cetim et avec des chercheurs français et argentins.

    Total est un groupe français, quelle est la part de responsabilité des gouvernements successifs de l’Hexagone dans le fait que Total utilise des lieux pour pratiquer l’extraction de gaz de schiste à l’étranger au mépris du danger sur l’environnement ?

    Vincent Espagne : Un gouvernement libéral ne peut désavouer une entreprise française performante et qui produit du résultat à partir d’investissements qu’elle fait à l’étranger. Total n’a pas de compte à rendre au gouvernement français sur ses pratiques. Mieux, le groupe se positionne désormais comme «top 3 mondial» de l’industrie solaire en développant dans 130 pays sa filiale SunPower. Recadrer Total reviendrait à casser un modèle économique; comme De Gaulle l’avait fait en décidant le nucléaire. Rares sont ceux en France, aujourd’hui prétendant à la magistrature suprême, qui oseraient faire comme le grand homme: renverser totalement le dogme en matière énergétique. Ce sont les entreprises qui décident, plus les politiques !

    Votre livre «La passion du schiste» raconte-t-il une situation amenée à se développer ailleurs qu’en Argentine, dans d’autres pays où les gouvernements acceptent volontiers de l’argent pour laisser faire ?

    Grégory Lassalle : Ce livre se veut comme un cas d’école. Bien sûr, chaque contexte politique et social est différent. Pourtant, le cas argentin nous permet de cibler les manifestations économiques et sociales qui seront amenées à se répéter dans les différents pays où des réserves non conventionnelles seront exploitées: la concentration des marchés; la non consultation des populations; le clientélisme; le manque d’accès à l’information sur des aspects fondamentaux comme par exemple la question de l’eau; la violation des droits des populations et de la nature; ou encore la précarisation voire la fin des activités économiques qui préexistaient dans la zone comme par exemple l’agriculture.

    Quelles sont les conséquences écologiques sur du court terme ? Sur du long terme ?

    Vincent Espagne : Ce n’est pas qu’une question de temps. Il faut considérer l’impact de l’extraction d’hydrocarbures non conventionnels sur trois niveaux qui interagissent: en surface, dans les sous-sols et dans l’atmosphère. L’exploitation du gaz de schiste nécessite de multiplier des forages très peu distants les uns des autres. Multiplication des plateformes et des routes avec leurs norias de camions, bassins de décantation des boues de forage chargées en substances toxiques lourdes ou, au contraire, très volatiles, dont beaucoup de perturbateurs endocriniens: autant d’installations qui ont tout de suite un impact sur la faune et la flore.

    En sous-sols, ce sont les ressources en eau qui sont impactées; d’une part parce que le cuvelage d’un forage n’est jamais totalement étanche ; d’autre part, parce qu’en fracturant la roche de plus en plus profondément, on prend le risque de faire se mélanger les eaux de nappes phréatiques proches de la surface, celles où nous puisons nos besoins en eaux agricole et domestique, avec les eaux des nappes plus profondes qui, naturellement, contiennent des métaux lourds ou radioactifs. Le cocktail de ces eaux assaisonnées des résidus chimiques de fracturation, peut être fatal pour le vivant en surface. Si l’on veut une perspective sanitaire sur le long terme, il faut prendre en compte les effets des perturbateurs endocriniens sur les appareils reproductifs, l’apparition de nouvelles formes de cancer, et également la confiscation des surfaces agraires, l’appauvrissement des sols, la déforestation…

    Enfin, il faut savoir que les fuites de méthane, le gaz que l’on extrait, constituent un facteur très aggravant du réchauffement climatique. Il y a une énorme contradiction entre les engagements pris lors de la COP21 et cette volonté absolue d’extraire et consommer toujours plus d’hydrocarbures.

    Sauriez-vous me dire si un risque d’utilisation de cette technique pourrait exister en Suisse ?

    Vincent Espagne : Cela dépend où. Les législations diffèrent d’un canton à un autre. Il semble que sur celui de Genève, c’est le gaz de schiste qui est interdit. Sur les cantons de Vaud et de Berne, des permis d’exploration sont valides. De quelle technique s’agit-il? On se focalise sur la «fracturation hydraulique», terme générique d’une technique en constante évolution. Mais les industriels développent des technologies «alternatives» qu’ils nomment «simulation horizontale de la roche». L’une de ces techniques consiste à injecter sous pression, non plus un mélange d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques, mais de l’heptafluoropropane, un gaz ininflammable et que l’on peut séparer du méthane lorsqu’ensemble, ils montent à la surface. En Suisse, une société helvétique SEAG, détenait un permis d’exploration dans le canton de Vaud. Au moment du renouvellement de son permis, cette entreprise a été entièrement rachetée par un groupe américain, eCORP, qui développe la technique de fracturation à l’heptafluoropropane, et vient donc l’expérimenter pour la première fois dans le sous-sol européen. Gonflé est celui qui peut affirmer aujourd’hui que cette technique est sans impact pour l’environnement. De plus il apparaît que la production d’heptafluoropropane coûte plus cher aujourd’hui que ce que rapporte le méthane extrait avec cette technique. Le modèle économique n’est pas tout à fait au point !


    © David Glaser pour LaCote.ch


     
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