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  • Pour en finir avec le canular des gaz de schiste

    La vraie transition énergétique

     Publié le 02 Décembre 2013  




    Chantier de gaz de schiste
    «Les vraies conquêtes, celles qui ne donnent aucun regret, ce sont celles que l'on fait sur l'ignorance» Napoléon Bonaparte»

    Il m'a été donné de participer à l'émission «Controverse» du mercredi 27 novembre de la chaîne Dzair News animée par Khaled Drareni. Cette émission à laquelle participaient aussi d'éminentes personnalités du monde de l'énergie,de la société civile et de l'Université a eu à débattre du thème récurrent: «Faut-il avoir peur du gaz de schiste?». Je voudrai ici préciser ma vision des choses en ajoutant des compléments d'information et quelques rectifications qui ne changent rien à la haute tenue du débat certes, un peu vif, mais toujours correct et constructif. 



    La réalité du monde de l'énergie et ses incidences sur le climat 

    Le monde industrialisé constitué principalement par les pays occidentaux et le Japon a pollué pendant plus d'un siècle pour environ 900 milliards de tonnes de CO2 soit l'équivalent de 400 milliards de tonnes de pétrole de gaz naturel et de charbon. De ce fait, il a été constaté depuis près de quarante ans un réchauffement inexorable de la Terre que les différents sommets depuis Rio ont pointé du doigt. Le coupable est enfin clairement désigné par le Giec dans son dernier rapport de fin septembre 2013. Le combat contre les climato-sceptiques n'est pas cependant définitivement gagné malgré le fait qu'il a été prouvé que le réchauffement est de type anthropique, cela veut dire qu'il est dû aux activités humaines. La banquise fond, l'ours polaire est devenu un SDF, la température globale dans l'Arctique augmente deux fois plus vite que dans le reste du monde», déclare Jackie Ritcher-Menge, coauteur du rapport annuel 2012 de l'Agence océanique et atmosphérique américaine (Noaa). Où en sommes nous? Malgré tous ces arguments, malgré les catastrophes climatiques, malgré Katrina, malgré les typhons des Philippines, le sommet de Varsovie, il y a à peine dix jours, s'est conclu sur un échec, il a été torpillé à la fois par les lobbys des fossiles qui ont pris en charge l'organisation, mais aussi du fait qu'aussi bien les pays industrialisés ne veulent pas décarboner leur énergie en diminuant leur consommation (Etats-Unis 8 tep/an/habitant, Europe 4 tep/hab/an) que les pays émergents qui revendiquent le droit de se développer (Chine 1,7 tep/hab/an, Inde 1tep/an.habitant). Après la fin du Protocole de Kyoto, c'est actuellement la débandade, les derniers sommets du Giec (Bali, Copenhague, Varsovie) se terminent sur des voeux pieux, ils s'en remettent aux bons coeurs des pollueurs.

    Les «vérités» et les contrevérités sur le gaz de schiste 

    Dans ces conditions, la mode est d'aller vers les énergies non polluantes, (renouvelables et gaz de schiste); au lieu de changer totalement de paradigme et de découpler le développement de la consommation, on continue dans la fuite en avant. La dernière trouvaille qui permet de jeter aux oubliettes le peak oil est le gaz de schiste dont l'essor fulgurant aux Etats-Unis est vu par l'Agence internationale de l'énergie comme le Graal, tant il bouleversera durablement le marché de l'énergie. Il est connu que selon la position à partir de laquelle on juge, le gaz de schiste est soit vu comme le sauveur de l'humanité par le fait que son émission en gaz carbonique est autrement plus faible que celle du pétrole et surtout du charbon, soit vu comme la calamité du siècle par les citoyens du monde soucieux de ne pas abimer la Terre. 
    Ainsi, à titre d'exemple, des fervents du gaz de schiste, le dernier Rapport du 27 novembre en France de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur Les techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, les deux rapporteurs Christian Bataille - député PS du Nord - et Jean-Claude Lenoir - sénateur UMP de l'Orne - avaient soigné la mise en scène. (...) Le rapport final de MM. Bataille et Lenoir, comme leur document d'étape, suscite la polémique. Et pas seulement parce que les deux auteurs préfèrent largement le terme de «stimulation» à celui de «fracturation». Les deux parlementaires écologistes membres de l'Opecst, Denis Baupin et Corinne Bouchoux, parlent d'un rapport «partial et partiel». (..) Et que la conviction des deux rapporteurs sur la maîtrise technologique de la fracturation hydraulique «relève de l'acte de foi et non de la moindre preuve scientifique (...) Contrairement aux huiles de schiste dispersées dans des roches-mères ultracompactes, le pétrole «classique» s'accumule dans des réservoirs au sein de formations géologiques plus perméables et poreuses. Le forage d'un puits vertical suffit alors à le faire remonter à la surface. Les hydrocarbures non conventionnels, au contraire, nécessitent, le long d'un forage souvent horizontal, de nombreuses opérations de fracturation de la roche, en injectant d'énormes quantités d'eau, de sable et de produits chimiques sous pression - ce que l'on appelle la fracturation hydraulique.» (1) 
    «Cette technique, poursuivent les auteurs, peut néanmoins être également utilisée dans le cas des gisements conventionnels. «La roche peut s'endommager après un forage ou avec le temps. Un «effet de peau» peut se créer qui empêche ou rend plus difficile la connexion entre le puits et le réservoir. Pour reconnecter les deux, on peut alors recourir à la fracturation hydraulique», explique François Kalaydjian, directeur adjoint ressources à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen). «La fracturation hydraulique a fait d'important progrès et c'est une technologie, certes industrielle et comportant des risques, mais maîtrisée», assure le rapport. Première de ces avancées, selon les deux rapporteurs: «Les industriels tendent à réduire le nombre, la quantité et la toxicité des additifs.» «Les produits indispensables au procédé de fracturation sont tous non toxiques, précise le rapport. (...) De fait, si certains industriels tels qu'Halliburton se targuent d'avoir limité ces additifs chimiques au profit de substituts non toxiques - agréés par l'agroalimentaire -, la tendance reste pour l'instant marginale.(...)» (1) 
    «En 2010, un rapport rédigé par la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine annonçait que l'exploitation du gaz de schiste avait nécessité, entre 2005 et 2009, l'utilisation de plus de 2 500 produits pour la fracturation hydraulique, contenant 750 substances chimiques, dont 29 sont connues ou suspectées pour être cancérigènes, ou présentant des risques pour la santé et l'environnement.» «Au-delà des additifs chimiques, le rapport occulte les polluants qui remontent à la surface avec le gaz, en provenance des couches géologiques, et que l'on ne maîtrise pas: des hydrocarbures comme du benzène ou toluène, et même des traces de radioactivité», dénonce François Veillerette, président de l'ONG Générations futures».Autre conséquence pour l'environnement: les quantités d'eau utilisées. Le forage d'un puits requiert ainsi 10.000 à 20.000 m3 d'eau. (...) Enfin, concernant la pollution des nappes phréatiques, régulièrement pointée par les opposants au gaz de schiste, elle n'est pas due à la fracturation assure le rapport, mais «à des défauts de cimentation des puits ou des déversements en surface»...(1) 
    Les émissions de méthane aux Etats-Unis 
    (...)  En juin, poursuit le Rapport, une étude publiée par le biologiste Robert Jackson dans la revue de l'Académie des sciences américaine mettait ainsi en évidence de fortes teneurs en méthane des eaux souterraines prélevées autour des puits de gaz non conventionnel dans le nord-est de la Pennsylvanie».(1)
    Justement, les émissions de méthane sont autrement plus dangereuses. Sur le journal Le Monde nous lisons: «Les Etats-Unis auraient produit 50% à 75% plus de méthane que ne l'estiment ses inventaires. Des chiffres publiés dans la prestigieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences viennent ainsi contredire les deux études qui faisaient jusqu'à présent office de référence dans ce domaine. Ces deux études, l'une réalisée par l'Agence de protection environnementale et l'autre par un groupement de la Commission européenne et des Pays-Bas, s'accordaient en effet sur une baisse des émissions de méthane dans le pays allant de 8% à 12% entre 1990 et 2010. Elles expliquaient cette baisse par une diminution des fuites lors de la production et du transport de gaz, et de celle du nombre de décharges et de mines de charbon, note le New York Times. Pour obtenir leurs données, les chercheurs ont réalisé 12 700 relevés, calculant ainsi précisément les quantités de méthane émises sur chacun des lieux d'études. Ils ont pu conclure que les plus grandes quantités produites de méthane avaient lieu au Kansas, dans l'Oklahoma et au Texas, trois Etats où l'activité pétrolière et gazière est importante. 

    Les tremblements de terre récurrents 

    Il est connu aussi, notamment dans l'Arkansas, que des tremblements de terre dépassant 4,5 sur l'échelle de Richter ont eu lieu. Pour rappel, Josh Fox, le réalisateur qui a permis à travers son film de montrer justement la fuite du méthane hors tubing au point que l'eau du robinet s'enflamme, a été calomnié en vain, il a reçu en deux ans plus d'une dizaine d'Oscars et de récompenses pour un film qui est loin d'être un canular.Mieux, poursuivant sur sa lancée, il a réalisé un deuxième film sur les tremblements de terre conséquences des forages. En effet, la pratique controversée de la fracturation hydraulique du gaz naturel, ou fracking, peut conduire à des tremblements de terre beaucoup plus puissants qu'on ne le pensait précédemment. 

    Gaz de schiste: la fête est-elle vraiment finie?
    Jean-Michel Bezat du journal Le Monde pense que oui. Il rend compte des derniers développements. Nous lisons: «Ecologistes et tenants du «peak oil» pavoisent déjà: la révolution du gaz de schiste touche à sa fin, tuée par un effondrement des prix lié à la surproduction. Depuis plus d'un an, ils constatent un «plateau» dans les volumes extraits de la roche mère de cet hydrocarbure qui a inondé le marché américain ces cinq dernières années et modifié en profondeur les flux énergétiques mondiaux. Les grandes compagnies pétrolières (ExxonMobil, BP, Total, Shell, ENI...), qui ont succombé trop vite à l'appât du gain, y ont englouti des sommes folles avant de réduire la voilure et de réorienter investissements et appareils de forage (rigs) vers les régions où l'on a découvert des condensats (gaz liquides) et du pétrole de schiste - bien mieux valorisés sur le marché. (...) Les pétroliers sont pourtant bien obligés d'admettre que le secteur traverse une passe très difficile. «Nous sommes en train d'y laisser notre chemise», avertissait le patron d'ExxonMobil, Rex Tillerson, dès juin 2012. (...) Comme Shell, d'autres multinationales de l'énergie et des matières premières (Total, BP, BHP Billiton, Chesapeake...) ont déprécié ou tenté de céder des actifs. Les compagnies ont réduit de moitié leurs investissements en Amérique du Nord dans le pétrole et le gaz non conventionnel, qui sont tombés de 54 milliards de dollars au premier semestre 2012 à 26 dollars pour les six premiers mois de 2013, selon l'agence Bloomberg.» (3) 
    Allant plus loin dans la technologie, Jean-Michel Bezzat poursuit: «(...) Un phénomène physique est indéniable: un puits de gaz de schiste produit beaucoup au début, nettement moins ensuite. Le plus gros est donc extrait les premiers mois. «Ce n'est vraiment pas une surprise pour nous», indique un dirigeant de Total. Mais cela oblige à creuser plus de puits (et plus vite) et àaccroître leur productivité: il fallait deux mois pour forer puis «fracker» en 2009, il n'en faut plus qu'un. Ce qui augmente à la fois les risques environnementaux liés à la fracturation hydraulique et les contraintes logistiques (acheminement et retraitement des énormes volumes d'eau nécessaires). Suivant les zones, le coût d'extraction du gaz oscille entre 3 et 8 dollars par million de British thermal unit (soit 28 m3) alors qu'il n'est vendu que 3,77 dollars. A ce prix, il n'est pas rentable. Or l'EIA ne le voit remonter que modérément. (..) Les huiles de schiste ou les gaz liquides ont pris le relais et il arrive souvent que le gaz sec (méthane) ne soit plus qu'un sous-produit et soit «torché», rejetant ainsi du CO2 dans l'atmosphère. Et puis les pétroliers bénéficient de puissantes incitations fiscales, notamment pour l'exploitation des gisements du golfe du Mexique. Et l'Europe? Les compagnies pétro-gazières n'ont pas renoncé à y exploiter du gaz de schiste. Jouant profil bas en France, toujours frappées d'un moratoire sur la fracturation hydraulique en Allemagne, Mais le Vieux Continent ne sera jamais un eldorado. «On n'y découvrira pas des quantités massives de gaz de schiste, et ces nouvelles ressources n'auront pas d'incidence forte sur les prix», analyse-t-on chez Total.» (3) 

    Et en Algérie ? 

    Dans son rapport mondial réactualisé sur les réserves de gaz et de pétrole de schiste de 42 pays, le département de l'Energie propulse l'Algérie à la 3ème place mondiale par ses réserves de gaz de schiste, avec 22 500 milliards de m3. L'étude en question a été élaborée avec la collaboration de la firme américaine Advanced Resources International (ARI), une société de consultants des industries des hydrocarbures à l'échelle internationale. C'est cette dernière qui a transmis aussi les premiers résultats au département de l'Energie américain qui les a annoncés. Soyons modestes, ne nous donnons pas des compétences que nous n'avons pas et qu'il ne faut pas naturellement présenter aux citoyens comme étant le fruit de notre savoir-faire exclusif. Ceci étant dit et comme je l'ai martelé, les gaz de schiste sont un canular et un très mauvais signal que l'on donne aux Algériens en leur donnant l'illusion qu'ils sont bénis des dieux, qu'ils peuvent gaspiller ad vitam aeternam, qu'ils sont développés avec les soporifiques tels que les portables, les voitures, le gaspillage d'énergie, de nourriture, de temps. C'est une tragique erreur qu'il nous faut corriger en responsabilisant chacun. Pourquoi ne pas mettre tout à plat dès maintenant, et dire qu'il nous faut définir ensemble une stratégie énergétique avec comme fondement le développement durable? Le gaz de schiste aura toute sa place quand la technologie sera mature, car il est, faut-il le dire que le sahara est un désert; il y a une faune, il y a une flore, il y a des citoyens et les ressources en eau sont et seront notre bien le plus précieux surtout que nous sommes un pays en stress hydrique, menacé lourdement par les changements climatiques. Pourquoi continuer à pomper frénétiquement une ressource qui appartient aux générations futures. Notre meilleure banque est notre sous-sol, chaque calorie épargnée par des économies, à faire, par le renouvelable est une calorie pour les générations futures. Le citoyen de 2030 vient de naître, laissons lui la possibilité de se développer harmonieusement. En énergie, comme en toutes choses, il n'y a pas de petites économies, sortons de cette ébriété énergétique pour aller vers la sobriété en tout. Redécouvrons ce que l'on savait faire, remettons-nous au travail. C'est assurément la seule voie de salut si on veut gouverner avec sagesse ce pays en donnant l'exemple.

    2. Les émissions de méthane aux Etats-Unis dépassent les estimations Le Monde 29/11/2013
    3. Gaz de schiste : la fête est finie Le Monde - Planète du 29/11/2013


    © Professeur CHITOUR - L'expressiondz.com


     
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