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  • Chokrane - Ce mois d'avril de tous les dangers !

    Publié le 07 Avril 2016  



    Lien vers l'article original (Extrait): ici


    L'hécatombe du secteur pétrolier entraînera-t-elle dans son sillage les établissements financiers ? Dans ce cas, les répercussions seraient mondiales.


    Le modèle économique de l'industrie du schiste a toujours été fragile, mais tant que les cours du pétrole restaient élevés, les banques et les fonds d'investissement n'étaient pas trop sourcilleux et s'engouffraient dans ce type de financement très spéculatif.

    Un modèle basé sur un endettement intensif


    Dans un modèle économique classique, une entreprise commence à gagner de l'argent une fois que son point mort est franchi et elle profite d'un effet cumulatif des revenus générés par l'investissement de départ.

    Mais pour les gaz de schiste, c'est différent. La première année d'exploitation, le puits rapporte 70 % du pétrole qu'il contient, puis les 30 % restants sont extraits au cours des années suivantes. Autrement dit, pour maintenir sa production et rembourser sa dette, l'entreprise doit ouvrir un nouveau puits et s'endetter à nouveau... Au moment où les dettes ont été contractées, le cours du pétrole était élevé, si bien que cette particularité ne posait pas de problème aux financiers. Mais on s'est rapidement aperçu que les puits s'épuisaient plus rapidement que prévu...

    Et les Shadocks pompaient, pompaient...


    Le paradoxe, c'est qu'à la suite de la baisse des prix du pétrole, les entreprises ont augmenté leur production pour maintenir leurs revenus et rembourser leurs dettes et elles ont cherché des techniques d'extraction plus performantes, plus rapides avec des installations de forage moins coûteuses, arguant ainsi une meilleure rentabilité. D'aucuns y voyaient la réponse appropriée à la baisse des cours et un moyen de résistance du secteur. Mais comme les techniques sont plus performantes, les puits sont épuisés plus rapidement et il faut de nouveau en creuser d'autres et, pour ce faire, s'endetter à nouveau...

    Dans le secteur du schiste, c'est l'hécatombe


    À cela s'ajoute que l'endettement initial n'est pas effacé et qu'il faut bien le rembourser. Fin 2014, les assurances qui couvraient le risque de baisse des cours se sont retirées du marché. Il ne restait plus que les banquiers pour soutenir l'activité. Avec un niveau d'endettement qui dépasse sept fois leurs résultats, 60 % des sociétés du schiste ne travaillent que pour rembourser leur dette et sont incapables de se désendetter. Les dettes se sont accumulées à tel point qu'elles ne sont plus remboursables. Devant ce constat, les banques sont contraintes de cesser leur financement.

    Les compagnies de pétrole traditionnelles sont affaiblies


    Cette industrie bénéficie d'un modèle économique vraiment rentable, mais à ces niveaux de cours, les pertes s'accumulent aussi. Certaines n'ont plus les moyens d'investir, car elles manquent de cash et en sont réduites à fermer des gisements. Le modèle économique des « majors » du pétrole étant fragilisé, au moins une d'entre elles tombera, et celles qui seront capables de résister, les survivantes, seront alors en mesure de reconstruire un modèle économique adapté à la nouvelle donne. En février dernier, le cabinet Deloitte a publié une étude qui montre que sur 500 sociétés pétrolières d'exploration et de production de pétrole et de gaz naturel cotées dans le monde, 175 sont en grande difficulté et évalue à 150 milliards de dollars leurs dettes jugées à risque. Au dernier trimestre 2015, 53 sociétés ont fait faillite. Comme dans toute crise, ce sont les plus fragiles qui tombent en premier.

    Tout le secteur pétrolier représente un risque pour la finance


    Il y a un risque de propagation à toute l'industrie financière puisqu'une bonne partie de ces dettes ont été titrisées, c'est-à-dire qu'elles ont été revendues en tant qu'actifs financiers à des fonds ou des banques d'investissement. Ils sont devenus des actifs toxiques. Du point de vue du secteur financier, on évalue que 20 % de toutes les obligations à haut risque ont été émises par des sociétés dont l'activité est liée au pétrole ou aux gaz de schiste. On évalue à 270 milliards de dollars les pertes sèches pour les banques et les fonds d'investissement américains sur le pétrole. Dès le début de l'année 2016, les grandes banques américaines comme JP Morgan Chase, Citigroup ont provisionné pour quelques centaines de millions de dollars les pertes prévues qui seront sans doute revues à la hausse.

    Et si les cours du pétrole remontaient ?


    Selon la logique traditionnelle économique, la chute des plus fragiles permet d'assainir un marché. Le secteur du schiste a déjà perdu 60 % de ses capacités, mais pour autant, le marché ne sera pas assaini. La chute de la production qui a commencé début 2015 ne provoquera pas la remontée des cours pour deux raisons : tout d'abord, parce que la production du schiste pèse peu par rapport à la production globale d'hydrocarbures dans le monde. Un bon puits de pétrole de schiste produit entre 500 et 800 barils par jour, alors qu'un puits de pétrole traditionnel en produit de 2 000 à 10 000 et un forage off shore, entre 10 000 et 200 000... Enfin, la raison principale est que les cours répondent uniquement à des logiques purement spéculatives. Le pétrole est devenu un actif financier.

    Si cette remontée a lieu, elle ne résoudrait pas le problème, car les dettes accumulées pèsent de toute façon trop lourdement. Parce que les banques subissent elles-mêmes un manque de visibilité et sont dans l'impossibilité de prévoir combien de temps cette remontée pourrait durer dans des marchés très volatils.

    Avril, le mois de tous les dangers...


    Aux États-Unis, à la fin des 4 premiers mois de l'année (le premier « quarter »), les comptes sont clôturés et les banques réexaminent leurs crédits. Elles pourraient être contraintes de couper les financements, ce qui enclencherait une crise financière qui ne serait pas de la dimension de celle des subprimes, mais qui intervient dans un contexte économique plus que morose, comme en témoignent les récentes déclarations de Janet Yellen, la présidente de la FED, qui prône la prudence face à une économie mondiale « incertaine » pour reprendre ses termes.

    Retour aux réalités


    Ce qui est certain en revanche, c'est que l'indépendance énergétique et la réindustrialisation des États-Unis n'ont été qu'un leurre. En 2015, les États-Unis ne produisaient que 56 % de leur consommation totale et importaient le reste. Qui peut parler d'indépendance énergétique dans ces conditions ? Car la première puissance mondiale demeure, avec la Chine, le premier importateur mondial d'hydrocarbures.

    La fin des pétroles de schiste et la redistribution des cartes sur le pétrole conventionnel, survenant dans un contexte explosif, peuvent avoir des répercussions mondiales. Pris isolément, le phénomène est gérable. Mais dans le contexte difficile que l'économie mondiale connaît, cet événement pourrait déclencher le passage d'une vilaine récession à une dépression. Et ce, d'autant plus que le contexte géopolitique au Moyen-Orient n'aide pas. Et les leurres ne suffiront plus à masquer ce qui pourrait être une crise bien plus importante que celle des subprimes. Restons optimistes, car le pire n'est jamais décevant ...


    © Lepoint.fr

     
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