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  • Gaz de schiste — Le vrai du faux

    Publié le 28 Octobre 2016  



    Lien vers l'article original : ici


    Gaz de schiste — Le vrai du faux
    Olivier Blond, Roxane Crossley et Julien Leprovost, Delachaux et Niestlé, 2014, 156 pages

    Note de lecture de Martin Brunschwig - octobre 2016


    La Fondation Goodplanet, créée par Yann Arthus-Bertrand et dont Olivier Blond est le responsable éditorial, a pour objectifs de « mettre l’écologie au cœur des consciences et de promouvoir le vivre ensemble ». Les auteurs du livre, Olivier Blond, Roxane Crossley et Julien Leprovost, pour la Fondation Goodplanet, ont écrit ce petit opus au sein d’une collection d’ouvrages faciles à lire, « le vrai du faux », où l’on peut trouver quelques sujets brûlants du moment, qui sont aussi parfois les nôtres, comme les OGM, le bio, le nucléaire, les vaccins, etc.

    Dans cet ouvrage, on peut noter un positionnement environnemental assumé, mais sans trop de parti pris, le militantisme étant globalement mis en veilleuse devant les faits. On retrouve d’ailleurs un discours que nous avons pu tenir dans nos colonnes : les auteurs prétendent transmettre les faits le plus objectivement possible, afin que chacun se fasse sa propre opinion sur l’opportunité d’exploiter ou non ces fameux gaz de schiste.

    Le problème qui se pose au lecteur sceptique, s’il est peu informé, est de savoir si un biais de sélection des faits ou une façon de présenter les choses discrètement partisane est à l’œuvre ou non… Il arrive fréquemment, dans les médias notamment, que l’on se targue d’une modération ou d’un équilibre fallacieux, mettant les scientifiques dans un « camp », quelques extrémistes dans l’autre, et la vérité au milieu, là où se situe l’auteur ou l’interlocuteur, bien sûr.

    Pour ce qui est de cet ouvrage, on trouve effectivement des informations utiles et pas toujours connues (1) :

    • des exemples précis sur l’apparition des premiers puits aux États-Unis, avec des situations très contrastées entre le Dakota du Nord, le Texas ou la Pennsylvanie compte tenu des différences naturelles mais aussi de la grande autonomie des différents États dans de nombreux domaines, en particulier ceux qui concernent l’environnement. Le Dakota, État assez pauvre et avide de progrès, a connu une véritable « ruée vers l’or » alors qu’en Pennsylvanie, l’exploitation est plus difficile – densité de population, nature des roches, État plus soucieux de l’environnement, où les oppositions aux gaz de schiste ont été fortes – le Texas se situant en quelque sorte entre ces deux extrêmes ;

    • les analyses des principales différences entre les situations américaines et européennes, avec un survol assez complet de différents plans, tels le droit, l’économie, les échelles de territoires ou de gisements avec leurs conséquences sur la rentabilité, la nature des sols et sous-sols, les risques sismiques, etc.

    • la mise sur le tapis de problèmes souvent occultés, comme l’augmentation de la population qui peut être très forte sur certaines zones, une augmentation tout aussi forte des passages de camions qui n’est pas sans conséquence, ou encore les gisements qui se trouvent en zone protégée comme c’est le cas dans le sud de la France, la pérennité des emplois créés – les auteurs estiment que les emplois ne concernent que le début de l’exploitation mais oublient que ceux-ci subsistent tant que les opérateurs investissent ; de même, ils ne prennent pas en compte les emplois induits –, la présentation de pistes d’améliorations possibles pour rendre moins polluantes les techniques d’extraction, surtout la fameuse « fracturation hydraulique », etc.

    Quelques sous-entendus plus partisans gâchent un peu cette revendication d’objectivité, par exemple l’évocation du film « Gasland », de Josh Fox, et de sa séquence qui a fait le tour du monde où l’on voit quelqu’un « allumer » l’eau qui sort de son robinet, film qui a beaucoup propagé l’opposition aux gaz de schistes. Or, les auteurs nous disent à la fois qu’il est mensonger (2), mais posent, dans la foulée, la question de savoir si son réalisateur avait raison, malgré quelques raccourcis, d’alerter les citoyens.

    Même si cela rappelle un peu les études de Séralini, vivement critiquées sur le plan scientifique et finalement retirées par leur premier éditeur, mais qui auraient, pour certains, posé de « bonnes questions » sur les études en général ou sur leur durée (3), on peut peut-être, ici, accepter cette conclusion des auteurs : les problèmes que pose l’exploitation des gaz de schiste doivent absolument être gérés avec un soin particulier, car comme le notent les auteurs : « l’appât du gain attire les margoulins et les aventuriers mais dans le monde des entrepreneurs du gaz de schiste, des professionnels conscients de leurs responsabilités côtoient des pollueurs sans foi ni loi. Et l’une des questions les plus prégnantes est de savoir comment séparer les premiers des seconds et comment mettre en place des règles et faire en sorte qu’elles soient respectées » (p. 44).

    Signalons en passant ce qui ne se trouve pas dans le livre. Le fait que l’industrie se soit engagée en 2010 à rendre public la composition des produits chimiques injectés : tous les opérateurs ont accepté cette discipline ; ou le fait que l’injection d’eaux usées dans des aquifères est interdite en Europe, ce qui réduit beaucoup les risques sismiques par rapport aux États-Unis.

    Le livre ne s’en tient pas aux seuls enjeux environnementaux et aborde aussi les aspects économiques ou sociaux. Mais ces dimensions ne sont pas abordées avec la même rigueur et on peut regretter que les auteurs n’aient pas souligné davantage l’enjeu majeur que constituent la production d’énergie sur le territoire national ou les créations d’emploi. Les avantages économiques semblent clairement sous-estimés, de même que l’impact espéré sur la balance commerciale.

    Bref, un ouvrage pédagogique, sans doute un peu partisan mais sans que cela retire de l’intérêt aux informations présentées, permettant au lecteur un intéressant survol de la question. Dans le détail, il y a quelques erreurs ou approximations, mais les auteurs ont le mérite d’appeler, en conclusion, à un débat serein. Il est clair que ce débat fait encore défaut et qu’on ne peut que les approuver : en 2011, il a été bâclé et la loi du 13 juillet 2011 (4) prévoyait la création d’une commission qui n’a jamais été mise en place. Il serait utile pour tout le monde que la situation se débloque.


    (1) Une petite bibliographie se trouve en fin d’ouvrage. 
    (2) Voir ce que nous en disions dans notre numéro 301 de juillet 2012 : Gasland 
    (3) Notre éditorial, voir SPS n°316, avril 2016, De la « mauvaise science » peut-elle poser de bonnes questions ? 
    (4) Voir le texte de loi sur Légifrance

    © Martin Brunschwig pour pseudo-sciences.org


     
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