Le biométhane trace son réseau
Publié le 10 Décembre 2025Lien vers l'article original: ici
Portée par des objectifs ambitieux, la filière se développe mais bute encore sur des freins réglementaires et des oppositions locales.
La filière française du biométhane ne cesse de gagner du terrain dans le mix énergétique du pays. Près de 800 installations de méthanisation injectent aujourd’hui dans les réseaux du gaz vert, produit à partir de la fermentation de matières organiques. La France s’impose même comme leader européen du secteur. Soutenue par un cadre réglementaire clair, elle a enregistré une progression de 27 % des volumes de biométhane injectés dans la seule année 2024, un chiffre qu’elle ambitionne de quadrupler d’ici à 2030, en atteignant 44 TWh. Elle devra pour cela lever quelques freins : manque de visibilité réglementaire, contraintes foncières ou administratives, oppositions locales.
Apparue au début des années 2010, la filière des gaz renouvelables gagne progressivement du terrain dans le mix énergétique français. Tirée par le développement des unités de méthanisation sur tout le territoire, elle compte aujourd’hui plus de 2 000 installations, dont environ 800 injectent du biométhane dans les réseaux. Les volumes injectés ont progressé de 27 % en un an, atteignant 11,6 TWh fin 2024 contre 9,1 TWh fin 2023. Et la dynamique devrait se poursuivre. Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe un objectif de 44 TWh de biométhane injectés d’ici à 2030, soit environ 15 % de la consommation totale de gaz. Pour l’heure, il n’en représente qu’environ 3 %.
Apparue au début des années 2010, la filière des gaz renouvelables gagne progressivement du terrain dans le mix énergétique français. Tirée par le développement des unités de méthanisation sur tout le territoire, elle compte aujourd’hui plus de 2 000 installations, dont environ 800 injectent du biométhane dans les réseaux. Les volumes injectés ont progressé de 27 % en un an, atteignant 11,6 TWh fin 2024 contre 9,1 TWh fin 2023. Et la dynamique devrait se poursuivre. Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe un objectif de 44 TWh de biométhane injectés d’ici à 2030, soit environ 15 % de la consommation totale de gaz. Pour l’heure, il n’en représente qu’environ 3 %.
“L’objectif est d’injecter 6 TWh supplémentaires chaque année d’ici à 2030”, précise Frédéric Martin, président de France Gaz. “La filière a donc un potentiel de croissance très important. Et il faut garder en tête qu’un site de méthanisation ne se limite pas à produire du gaz vert, il permet aussi de valoriser les déchets et de générer du digestat, utilisé comme engrais renouvelable et durable”, explique Frédéric Terrisse, président de la commission gaz renouvelables du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
Une croissance continue
Étroitement liées au monde agricole, la plupart des unités sont développées et exploitées par des agriculteurs, qui réinjectent le digestat dans leurs sols. C’est le cas de Jean-François Delaitre, agriculteur à Ussy-sur-Marne (Seine-et-Marne) et président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), qui a mis en service dès 2014 l’une des premières unités agricoles du pays.
Portée par une croissance continue, la filière française du biométhane pèse aujourd’hui près de 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec une progression annuelle estimée à 6,2 % jusqu’en 2026. “La France est aujourd’hui le premier pays producteur de biométhane en Europe. Elle compte des entreprises particulièrement bien positionnées, qui se développent désormais à l’international”, souligne Grégory Lannou, directeur de Biogaz Vallée.
Portée par une croissance continue, la filière française du biométhane pèse aujourd’hui près de 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec une progression annuelle estimée à 6,2 % jusqu’en 2026. “La France est aujourd’hui le premier pays producteur de biométhane en Europe. Elle compte des entreprises particulièrement bien positionnées, qui se développent désormais à l’international”, souligne Grégory Lannou, directeur de Biogaz Vallée.
Ce dynamisme s’appuie dans l’Hexagone sur un cadre réglementaire qui favorise la coordination entre producteurs, gestionnaires de réseaux et collectivités locales. Il repose sur un dispositif spécifique : le droit à l’injection. Celui-ci impose aux opérateurs de gaz d’identifier, pour chaque zone, les réseaux les mieux adaptés pour accueillir les futurs projets d’injection de biogaz. La France est ainsi découpée en zones de raccordement. “À ce jour, plus de 400 zonages ont déjà été réalisés. En France, le cadre est clair et permet une collaboration efficace entre producteurs, gestionnaires de réseaux et collectivités”, note Jean-Marc Le Gall, responsable du pôle développement gaz renouvelable à la direction développement de NaTran, deuxième opérateur européen de transport de gaz (ex-GRTgaz).
Grâce à cette organisation, la France fait partie des pays les mieux placés pour accélérer la transition vers les gaz renouvelables. Certains États, comme l’Italie ou le Danemark, ont eux aussi pris de l’avance, mais ailleurs sur le continent, les démarches restent encore complexes. “Il serait souhaitable que cette logique de coordination et d’accompagnement se déploie à l’échelle européenne, afin de soutenir la montée en puissance du biométhane partout sur le continent”, estime Jean-Marc Le Gall.
Grâce à cette organisation, la France fait partie des pays les mieux placés pour accélérer la transition vers les gaz renouvelables. Certains États, comme l’Italie ou le Danemark, ont eux aussi pris de l’avance, mais ailleurs sur le continent, les démarches restent encore complexes. “Il serait souhaitable que cette logique de coordination et d’accompagnement se déploie à l’échelle européenne, afin de soutenir la montée en puissance du biométhane partout sur le continent”, estime Jean-Marc Le Gall.
Le bâtiment en fer de lance
Les infrastructures françaises disposent par ailleurs d’une solide capacité d’adaptation. “Nos réseaux sont techniquement capables d’intégrer une part croissante de gaz renouvelable, sans nécessiter de lourdes modifications”, assure le responsable gaz renouvelable de NaTran. Avant de préciser : “la part du gaz dans le mix énergétique est globalement en recul, contrairement aux réseaux électriques, appelés à s’adapter à une forte croissance de la demande. Les infrastructures gazières n’auront donc pas besoin d’une adaptation majeure”.
Trois grands secteurs se montrent aujourd’hui demandeurs de biométhane : le bâtiment, l’industrie et les transports. “Aujourd’hui, le bâtiment demeure le principal utilisateur de biométhane, essentiellement via les entreprises, les particuliers représentant une part plus modeste”, constate Frédéric Terrisse. La demande en gaz renouvelable pour la décarbonation du résidentiel et du tertiaire est soutenue par plusieurs dispositifs, dont les certificats de production de biogaz (CPB). Ce nouveau mécanisme encourage la production et l’injection de biométhane en France. Il garantit au consommateur qu’une quantité de biométhane équivalente à sa consommation de gaz naturel a bien été produite et injectée dans le réseau.
De son côté, le futur dispositif d’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (Iricc) devrait également stimuler la demande en biogaz dans le secteur de la mobilité. “Dans le secteur des transports, environ 5 TWh de gaz naturel véhicule (GNV) ont été consommés en 2024, dont 40 % issus du biométhane”, indique Frédéric Terrisse. En revanche, dans l’industrie, le développement du biométhane est freiné par l’incertitude réglementaire et par le fait qu’il peine à être reconnu comme une énergie bas carbone. “L’industrie n’exploite pas encore le potentiel du biométhane pour accélérer sa décarbonation”, confirme Frédéric Terrisse.
Trois grands secteurs se montrent aujourd’hui demandeurs de biométhane : le bâtiment, l’industrie et les transports. “Aujourd’hui, le bâtiment demeure le principal utilisateur de biométhane, essentiellement via les entreprises, les particuliers représentant une part plus modeste”, constate Frédéric Terrisse. La demande en gaz renouvelable pour la décarbonation du résidentiel et du tertiaire est soutenue par plusieurs dispositifs, dont les certificats de production de biogaz (CPB). Ce nouveau mécanisme encourage la production et l’injection de biométhane en France. Il garantit au consommateur qu’une quantité de biométhane équivalente à sa consommation de gaz naturel a bien été produite et injectée dans le réseau.
De son côté, le futur dispositif d’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (Iricc) devrait également stimuler la demande en biogaz dans le secteur de la mobilité. “Dans le secteur des transports, environ 5 TWh de gaz naturel véhicule (GNV) ont été consommés en 2024, dont 40 % issus du biométhane”, indique Frédéric Terrisse. En revanche, dans l’industrie, le développement du biométhane est freiné par l’incertitude réglementaire et par le fait qu’il peine à être reconnu comme une énergie bas carbone. “L’industrie n’exploite pas encore le potentiel du biométhane pour accélérer sa décarbonation”, confirme Frédéric Terrisse.
Manque de visibilité à long terme et freins locaux
Malgré la dynamique de la filière, des obstacles freinent en effet sa montée en puissance. À commencer par le manque de visibilité à long terme. “Aujourd’hui, le dispositif des certificats de production de biogaz (CPB) fixe des obligations d’incorporation uniquement jusqu’en 2028. Au-delà, rien n’est prévu”, observe Frédéric Terrisse. Une incertitude qui limite les décisions d’investissement. L’accès au foncier complique également la donne, notamment depuis la mise en œuvre de la loi de 2023 sur le zéro artificialisation nette (ZAN), qui impose une prise en compte renforcée des impacts environnementaux.
Chaque projet de méthanisation étant fortement ancré dans son territoire, cette dimension locale peut également générer tensions et oppositions. “Nous restons très vigilants pour éviter tout problème d’image. Par exemple, le projet de Corcoué-sur-Logne, près de Nantes, a été arrêté car le territoire ne l’acceptait pas. L’industriel a préféré se concentrer sur des installations de plus petite envergure, plus facilement acceptées localement”, rappelle Frédéric Martin. Porté par la coopérative d’Herbauges et le groupe danois Nature Energy, ce qui devait devenir le plus grand méthaniseur de France a finalement été abandonné en 2023, après l’avis défavorable du préfet de Loire-Atlantique.
“Certains projets sont effectivement à l’arrêt, comme c’est le cas pour beaucoup de dossiers d’énergies renouvelables. Produire de l’énergie renouvelable en France reste un exercice complexe”, note Jean-François Delaitre. L’AAMF déplore également des lenteurs administratives. “L’élaboration du schéma des certificats de production de biogaz (CPB) a pris quatre ans. Il faut désormais accélérer le développement du biométhane via des mesures de simplification”, souligne Jean-François Delaitre, qui plaide pour la création d’un fonds de garantie contre les contentieux dilatoires, afin de sécuriser les porteurs de projets agricoles.
Les recours juridiques restent en effet un obstacle majeur. “En France, le nombre de recours possibles est élevé. En moyenne, il faut environ deux fois plus de temps pour mener à bien un projet d’énergie renouvelable que dans les autres pays européens”, pointe Frédéric Martin. Or, l’obtention d’un prêt bancaire dépend souvent de l’absence de recours. Le fonds de garantie permettrait donc de lever un verrou crucial pour des exploitants agricoles qui, bien souvent, ne peuvent autofinancer leurs projets de méthanisation.
“Certains projets sont effectivement à l’arrêt, comme c’est le cas pour beaucoup de dossiers d’énergies renouvelables. Produire de l’énergie renouvelable en France reste un exercice complexe”, note Jean-François Delaitre. L’AAMF déplore également des lenteurs administratives. “L’élaboration du schéma des certificats de production de biogaz (CPB) a pris quatre ans. Il faut désormais accélérer le développement du biométhane via des mesures de simplification”, souligne Jean-François Delaitre, qui plaide pour la création d’un fonds de garantie contre les contentieux dilatoires, afin de sécuriser les porteurs de projets agricoles.
Les recours juridiques restent en effet un obstacle majeur. “En France, le nombre de recours possibles est élevé. En moyenne, il faut environ deux fois plus de temps pour mener à bien un projet d’énergie renouvelable que dans les autres pays européens”, pointe Frédéric Martin. Or, l’obtention d’un prêt bancaire dépend souvent de l’absence de recours. Le fonds de garantie permettrait donc de lever un verrou crucial pour des exploitants agricoles qui, bien souvent, ne peuvent autofinancer leurs projets de méthanisation.
© Audrey FREEL pour lenouveleconomiste
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